Jean-François
Cooke et Pierre Sasseville ont installé dans l'entrée de
Rouje un grand panneau de bois. Une grande boîte peinte en rouge
qui fait office de support à une photographie, photocopiée
et peinte. Ce grand format est un autoportrait du duo, qui nous lance
un "Vous faites pitié à voir", une phrase inscrite
à même le panneau. Un verdict qui parle d'abord d'eux, comme
en témoignent leurs gueules désabusées et leurs yeux
d'où coulent des larmes écarlates. Cette sentence s'adresse
aussi à nous, bien sûr; elle nous interpelle avec arrogance
en même temps qu'elle se veut moraliste. Ne voulant absolument pas
rater sa cible, la chose est volontiers criarde. En cela, Cooke et Sasseville
ne dérogent pas à leur attitude habituelle. Le duo ne passe
pas par quatre chemins. Cette fois, c'est absolument évident et
d'autant plus efficace. Comme toujours, on retrouve une belle franchise,
qui finira peut-être un jour par rallier leurs détracteurs
(ils en ont). Depuis plusieurs années, le duo de Québec
produit des pièces massives, jouant avec des images-chocs. Leur
production est une production d'atelier. Ils construisent des objets imposants
et concrets, d'une facture matérialiste qui participe en quelque
sorte à leur propos et qui constitue désormais leur signature.
Cette dernière production fait réagir. Mais encore - l'autoportrait
l'exigeant -, il s'agit peut-être d'une de leurs propositions les
plus sincères et assumées.
Texte
: Nathalie Côté |