De l'allée d'autobus à l'allée de quilles
Jean-François Cooke et Pierre Sasseville associent le thème délicat
de la mort avec le jeu de quilles, en proposant des métaphores où
se mélangent le vocabulaire technique et l'aspect anthropomorphique de
la quille, ainsi que des associations de sens possibles entre les deux sujets
(par exemple le salon de quille versus le salon funéraire).
Alors qu'ils souhaitaient initialement travailler avec des personnes âgées,
le hasard a voulu que le terrain où est situé l'autobus (domaine
Maizerets à Limoilou) soit quotidiennement visité par un groupe
de retraités venant y jouer à la pétanque. D'abord inquiets
de voir leur territoire envahi par les artistes et leur autobus, les joueurs
ont finalement été séduits par ce projet faisant appel
à leur intérêt commun pour le jeu. Une dizaine de ces joueurs
de pétanque ont donc accepté de collaborer avec le duo et s'initient
avec eux au jeu de quilles. Pour ce faire, chaque mercredi pendant six semaines,
ils ont accès au salon de quilles Horizon de Limoilou et bénéficient
des services d'un entraîneur professionnel qui a élaboré
pour eux un programme intensif. De plus, les artistes et leur groupe se rencontrent
régulièrement sur leur terrain de jeu du domaine Maizerets. Sur
place, les retraités s'intéressent à l'évolution
du processus auquel ils collaboreront par leurs réflexions sur la vie,
leur perception de la mort …
L'approche humoristique et un tantinet irrévérencieuse de Cooke
Sasseville est encore une fois mise à profit dans ce projet. C'est toutefois
sur un plan strictement esthétique et conceptuel que se présente
cet humour (par exemple en transformant l'extérieur de l'autobus en un
cercueil blanc et l'intérieur en une allée de bowling où
les quilles auront la forme d'urnes funéraires) car c'est avec beaucoup
de sérieux et de respect que le thème de la mort est abordé.
Pour les artistes, le point d'intérêt se trouve dans la rencontre
de deux générations, à travers leur façon respective
d'aborder certains sujets.