Dans
la pénombre de la salle d'exposition, Cooke-Sasseville a mis en
scène deux mannequins qui, tels des parachutistes à qui
il serait arrivé un malheur, sont suspendus au plafond, empêtrés
dans leurs cordages. Au sol, des caisses de transport, pas encore ouvertes,
ont l'air de contenir des œuvres. Vêtus de combinaisons orange,
de casques de motoneige et de bottes de caoutchouc blanc, ridicules dans
leurs fâcheuses positions, les deux personnages portent à
rire. Mais bientôt, un malaise s'installe. N'assistons-nous pas
à l'échec d'une tentative de sauvetage du monde par l'art
? Puis, en observant de plus près les costumes, le malaise s'intensifie.
En effet, l'on constate qu'ils sont, à l'instar de ceux des coureurs
automobiles, ornés d'une multitude d'écussons. Il s'agit
en fait des logos des divers organismes subventionneurs ou de diffusion
qui ont soutenu Cooke-Sasseville jusqu'à maintenant. En choisissant
d'exhiber ainsi ses " commanditaires " alors qu'il est dans
le pétrin, le tandem semble pointer du doigt la pression exercée
par le milieu de l'art. Un milieu axé sur la performance et où
la qualité artistique se jauge trop souvent au nombre de badges
récoltés ainsi qu'à la notoriété des
noms qui y sont inscrits... À n'en pas douter, sous des dehors
humoristiques, l'installation de Cooke-Sasseville laisse percer de profondes
inquiétudes sur la nature des liens qui unissent l'artiste, l'art
et la société.
Texte
: Sylvette Babin
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