Le Petit gâteau d'or / The Golden cupcake 2010
crédit photo : Guy L'Heureux Étienne Boucher Cooke-Sasseville

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La recette du Petit gâteau d'or de Cooke-Sasseville


Pour faire un petit gâteau d'or il vous faut :
- 117 g d'or 18 carats - 104 g d'argent 925 - 13 diamants - 4 émeraudes
- 3 grenats rhodolites - 3 rubis - 4 topazes - 3 améthystes
- 4 saphirs
Préchauffer le four à 1064 degrés Celcius.
Faire fondre l'or, puis diluer avec divers métaux semi-précieux tel que le cuivre afin d'atteindre une pureté de 18 carats.
Verser le mélange dans un moule à gâteau en argent. Laisser refroidir, puis saupoudrer de pierres précieuses.
Vous obtiendrez un petit gâteau très riche qui saura ravir les fins connaisseurs aussi bien que les simples amateurs.




LE PETIT GÂTEAU D'OR / THE GOLDEN CUPCAKE
Texte de Nathalie Guimond


Rez-de-chaussée. Fade in. L’exposition commence par un trajet, le long de 10 sérigraphies qui amènent le spectateur à la salle suivante. Les sérigraphies nous montrent un lingot d'or, qui se fait graduellement grignoter, jusqu'à ce qu'il n’en reste que des miettes. Dessous, les mots « Valeur refuge ». Pointent-ils vers l’or ou vers l’art ? Le ton est donné. Fade out.

Dans l'obscurité de la deuxième salle, un présentoir blindé nous donne à voir une étrange pièce de joaillerie : un petit gâteau, fabriqué d'or et d'argent, serti d'une trentaine de pierres précieuses. Saphirs, diamants, émeraudes, grenats, topazes, rubis et améthystes y étincellent. Il s’agit du seul élément éclairé ; le petit gâteau, tout seul, posé sur sa plate-forme rotative, brille de tous ses feux dans sa mise en scène ostentatoirement dramatique.

Encore une fois, les œuvres sont multicouches et les pistes d’interprétation sont multivoques dans le travail de Cooke-Sasseville. Des constantes émergent pourtant : le duo aime la provocation, le paradoxe, le tape-à-l’œil et les mises en scène surréalistes. Ils élaborent des critiques sociales ludiques et inquiétantes à la fois, qui prennent forme dans des installations séduisantes, en jouant sur les frontières louches du trouble et de la lucidité cinglante.

D’abord, leur petit gâteau d’or, immangeable et rutilant dans son présentoir vitré, nous parle visiblement d’arrogance, d’absurdité, d’aveuglement et de désacralisation. Il parle de la pression exercée sur les artistes par le milieu de l'art, aussi. Ensuite, à grand renfort de détournements et de renversements, les artistes prennent un malin plaisir à ne jamais nous donner complètement les clés de lecture de leurs œuvres. Elles deviennent ainsi de fantastiques outils de projection.

Ici, puisqu’il est question d’or et d’ingestion, l’histoire du roi Midas, qui change toute chose en or, nous vient en tête. Mais le créateur, lui, ne change-t-il pas toute chose en art? Les sérigraphies présentées dans le premier espace ne prennent-elles pas la forme d’un chemin de croix, et le petit gâteau, dans le second, celle d’une relique? Cette œuvre ne serait-elle pas simplement une métaphore limpide du processus de création? Ou encore de la vie des artistes? Ils s’amusent à mêler les cartes, Cooke et Sasseville, mais pourtant, sous des abords humoristiques, cette installation met littéralement en lumière de profondes inquiétudes sur les relations qui unissent l'art, les artistes et la société. Leur installation de 2008, Si j’avais su… ne parlait-elle pas d’ailleurs d’un échec de tentative de sauvetage du monde par l'art? À moins que ce ne soit de l’échec de sauvetage de l’art par l’humanité? Allez savoir…



Nicolas Mavrikakis, Voir


"Le duo Cooke-Sasseville nous offre une critique d'un marché de l'art international qui semble perdre les pédales. Contre le clinquant qui se veut brillant.

Comment fonctionne l'amour de l'art dans les médias et dans la société en général? Juge-t-on toujours de l'intelligence du propos que l'oeuvre met en scène? Ou serait-ce souvent le prix de l'oeuvre qui compte et qui fait parler? Plus elle est vendue cher, plus elle fait parler d'elle? Et plus elle fait parler d'elle, plus elle sera revendue cher? Certaines oeuvres semblent frôler la recette pour le succès médiatique. Plus c'est tape-à-l'oeil, mieux c'est...
C'est à ce type de réflexion que nous invitent Cooke-Sasseville dans leur expo intitulée Le Petit Gâteau d'or. Le duo de Québec a conçu une pièce qui n'est pas sans évoquerFor the Love of God que la vedette médiatique Damien Hirst a fabriquée en 2007. Rappelons que ce Britannique avait couvert un crâne de platine de 8601 diamants, le tout valant la modique somme de 100 millions de dollars... C'est l'oeuvre ayant coûté le plus cher à fabriquer au monde (entre 16 et 20 millions). Impressionnant, non?

Avec des moyens plus modestes, Jean-François Cooke etPierre Sasseville ont fait fondre 117 g d'or 18 carats avec 104 g d'argent 925, qu'ils ont serti de 13 diamants, 4 émeraudes, 3 grenats, 3 rubis, 4 topazes, 3 améthystes et 4 saphirs. Le tout prend la forme amusante d'un précieux muffin, d'un "petit gâteau très riche qui saura ravir les fins connaisseurs aussi bien que les simples amateurs". Le tout est protégé dans une vitrine apparemment blindée et installée au bout d'un long tapis rouge... Cooke-Sasseville savent se moquer du milieu de l'art qui depuis quelques années a été (à nouveau) récupéré par une classe de gens riches qui investissent dans ce domaine comme on investit dans l'immobilier ou les actions à la Bourse. Cette expo de Cooke-Sasseville s'ouvre d'ailleurs sur une série de sérigraphies montrant un lingot d'or, intitulée Valeur refuge. Mais comme l'écrit Nathalie Guimond dans l'opuscule de présentation, ce titre pointe "vers l'or ou vers l'art"?

Il est presque à espérer que la bulle spéculative qui entoure l'art contemporain finisse par se dégonfler afin que cesse la relation incestueuse entre mode et marché de l'art. Nous pourrons enfin reparler de la valeur symbolique d'une oeuvre.



The Golden Cupcake
Text by Erin Silver


WILLYWONKA:But Charlie,don’t forget what happened to the man who suddenly got everything he always wanted. CHARLIE BUCKET: What happened? WILLY WONKA: He lived happily ever after.

Cake, candy, sweets, treats: all are meant, as a general rule, to incite pleasure. Typically, these edibles are decorated, displayed, and con- sumed in acts of celebration or repose, are given, and received, as gifts or rewards. Few would argue that unabashed delight is not to be found in the consumption of the sugarcoated morsel—happiness reverberates with every saccharine crystal that is licked from every finger.
Through touch, through taste, the object, once only seen, is now possessed. How perfect is that small, fluffy nugget—that which some might regard as happiness encapsulated within a ruffled paper cup? Those attempting to improve upon the cupcake’s heavenly formula know that they are doomed from the star t, and so they develop new ways to express reverence. Knowing that those, too, will never be adequate substitutes for the original, they construct their false idols, nevertheless, but bear in mind that, in striving to surpass the hap- piness that is within reach, one risks forfeiting happiness altogether.
A parable fit for this lesson seems to pervade Cooke-Sasseville’s storied installation; indeed, The Golden Cupcake contains the ele- ments of its own demise: the once-toothsome treat is here trans- formed into a metal sculpture of silver and gold, garnished with a frosting of garish gemstones—cold and hard to the touch. Sylvette
– Willy Wonka and the Chocolate Factory, 1971
Babin reminds the visitor to take heed of the Cooke-Sasseville plot: “Their installations, consciously paradoxical, are inevitably putting us in ambivalent situations.”1 The golden cupcakes certainly elicit this response—like the touch of King Midas, the desire to make the object more beautiful has the undesired effect of denying the object its function; the promise of its tasty rewards remains forever just beyond reach. Surely, value shifts—the vernacular becomes the venerated—but the cake’s shiny new coat of jewels detracts from the core of the problem: the beholder of the beautiful thing is con- flicted by the thought of what can no longer be obtained.
Cooke-Sasseville’s imitative gesture may appear an ode to pleasure, in the many forms in which pleasure might be found: these treats will never be peeled from their shiny foil, but, to most, the thrill of a perceived “greater” value will eclipse previous gastronomical desires. Indeed, visitors might salivate over the embarrassment of riches that lie before them. However, they may also silently mourn the simple pleasure to which they are denied; the viewer’s eyes, upon sight of the brilliant object, might briefly bulge at the thought of what they can no longer stomach.